Puer Aeternus

Puer Aeternus signifie Enfant éternel. Il est représenté dans l’antiquité par un signe de fraîcheur, de liberté et de jeunesse éternelle à travers l’image de dieux tels que Dyonisos et Eros (Bacchus et Cupidon dans la mythologie romaine). Le Puer aeternus est aussi le complexe psychologique touchant le plus souvent les individus de genre masculin représenté par l’incapacité à gérer les réalités de la société et à grandir dans un monde adulte. Ce complexe est souvent nommé, dans la culture populaire, ‘Syndrome de Peter-Pan’[1].

Le puer aeternus en amour

Le puer aeternus est généralement caractérisé par un jeune homme charmant, intelligent et sociable. Il n’aura pas de mal, durant sa vingtaine, à charmer et consommer de nombreuses jeunes femmes tel un Don Juan. Le problème du puer aeternus est qu’il recherche à travers chaque femme qu’il rencontrera et aimera la réincarnation parfaite de la mère. C’est-à-dire la recherche de la mère au rang de déesse. Comme l’explique clairement Marie Louise Von Franz:

“Le puer aeternus est à la recherche d’une déesse mère, de telle sorte qu’à chaque fois qu’il est fasciné par une femme il en vient, plus tard, à découvrir qu’elle est un être humain ordinaire. Une fois établie une relation intime avec elle, la fascination s’évanouit. L’homme s’éloigne, déçu, et la projection de cette image idéalisée se renouvellera de femme en femme. Il attend éternellement l’arrivée de la femme maternante qui l’enveloppera de ses bras et satisfera chacun de ses besoins.”[2]

Pour les spécialistes, ce complexe aurait pour origine un rapport complexe avec la mère dès l’enfance, tandis qu’en parallèle un sentiment d’absence du père (Zeus), souvent idolâtré, se développerait. Des questions d’amour, de haine et de culpabilité subsistent. Je connais un puer aeternus[3] qui enfant était très attaché à sa mère, puis adolescent souvent en conflit avec, et qui aujourd’hui ressent un sentiment de culpabilité fort si il la blesse.

Ce même sentiment de culpabilité pourrait l’effleurer suite aux blessures qu’il infligera à sa bien-aimée. Ces blessures résultent d’un comportement déroutant pour sa partenaire extrêmement froid ou brusque, totalement à l’inverse du côté mignon de cet individu: ‘le ‘Bébé’ contre le ‘Monstre’. Pour le puer, les choses doivent être simples: aller à l’encontre de ses désirs, besoins et raisonnements sans justification probante provoquerait un accès de rage imprévisible. Ce comportement déplorable le pousse, aveuglement, à ignorer les besoins et l’amour de sa conjointe ou de son entourage.

Le puer aeternus en société

Au quart de sa vie, Le puer aeternus affichera un sentiment renforcé d’être un individu unique, dans un monde de moutons, affichant un complexe de supériorité et un narcissisme[4] (plus psychique que somatique) assez prononcés. Les spécialistes indiquent qu’en fait c’est un moyen de combattre et dissimuler un complexe d’infériorité. En effet, il manquerait cruellement de confiance en soi, malgré qu’il soit généralement ambitieux, doté d’un esprit rationnel et orienté vers le futur[5]. C’est la fragilité du puer aeternus. Cet aspect est assez problématique favorisant des difficultés pour s’affirmer dans un travail, dégager du temps et finaliser ses projets. Comme un enfant, il s’impatiente face à la difficulté et s’agite face à la routine. Le puer est conditionné par son monde imaginaire interne qui n’a de pendant dans le monde réel externe. Le puer aeternus perçoit trop de banalités et d’illogisme dans la société dans laquelle il vit; ce qui le rend facilement sceptique, colérique ou dépressif. Il pourrait abuser des psychotropes ou jeux dangereux afin d’oublier (selon lui) ses problèmes, contrôler ses sauts d’humeur et être au contact le plus proche de son inconscient imaginaire. Il a besoin de faire cohabiter son monde de Peter-Pan avec le monde réel. De puiser son imagination, sa créativité, son enthousiasme dans Neverland pour les développer dans le monde des moutons. C’est la notion d’équilibre salvateur. Mais comment l’atteindre?

L’équilibre du puer aeternus

La plupart des spécialistes disent que ce syndrome est incurable, et que la médicamentation sans effet. Cependant, j’aimerais lever une objection en proposant une solution alternative à ce problème. Von Franz proposait, lors de sa première conférence sur le sujet, le ‘travail’ comme une solution à ce syndrome. Je proposerai le concept du Travail sur soi qui se décompose en 3 points:

Premièrement, comme tout individu qui recherche une signification profonde à son existence, le puer aeternus devra apprendre à se connaître. Il y a de nombreux moyens pour: psycho-thérapie, introspection, recherches, stimulation intellectuelle. Lorsque l’on se connaît, on reconnaît et accepte ses défauts. Et c’est déjà la moitié du chemin de parcouru.

Deuxièmement, le puer qui a su se reconnaître en tant que tel doit apporter davantage émotionnellement à son entourage et sa bien-aimée, en étant plus à l’écoute de leurs besoins. Le puer aeternus s’est tellement senti exclu tout le long de son existence que l’on peut imaginer qu’il a manqué de moyens pour développer son empathie. Une chose est certaine: il devra la développer pour s’en sortir. De plus, il devra contrôler ses émotions, notamment en situation de stress et en publique. La pratique d’activité physiques et sensorielles telles que le sport, le Yoga et la méditation l’aideront à atteindre ce self-control.

Troisièmement, nous avons découvert au préalable que le puer, de par son sentiment d’unicité et sa distraction chronique, a souvent du mal à s’accommoder à un travail et à faire ce qu’attend la société de lui. Malheureusement, ce problème d’engagement dans le monde des adultes le rattrapera douloureusement si il manque de tolérance pour les protocoles. En effet, la tolérance (et non l’adoption) des protocoles libérerait son esprit afin qu’il puisse exprimer ses qualités créatives, artistiques et imaginaires toutes originaires de son monde intérieur pour qu’elles trouvent une place dans le monde extérieur: l’acceptation et la valorisation du puer aeternus par autrui.

Notes

[1]: Michael Jackson était, d’après les spécialistes, atteint de ce syndrome défini la première fois par le Dr. David Kiley
[2]: Marie Louise Von Franz a consacré de nombreux travaux sur le Puer Aeternus, avec comme base le parallèle entre la vie de Saint-Exupéry et son oeuvre ‘Le Petit Prince’.
[3]: D’ailleurs à l’adolescence, ce puer aeternus avait l’habitude de sortir son dicton favori: “Qu’une vie, qu’une jeunesse”. Voulait-il signifier que l’on ne vit qu’une fois ou qu’il vivra éternellement jeune?
[4]: Trouble de la personnalité narcissique.
[5]: Les spécialistes expliquent que ce manque de confiance en soi proviendrait d’un manque de reconnaissance des aptitudes de l’enfant par les parents et d’autres adultes durant son développement.

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